lundi 4 juillet 2011

Nice stencil you got me into !

Tu te trimballes à Londres, tu devines plus que tu ne vois un truc collé sur un mur derrière une grosse poubelle, tu pousses la grosse poubelle qui est heureusement sur roulettes et tu découvres un pochoir tout neuf avec Laurel et Hardy dessus. Stan Laurel (le mince, UK, 1890-1965) et Oliver Hardy (le gros, US, 1892-1957) ayant été deux comiques burlesques du temps du cinéma muet et morts depuis, tu te doutes qu’ils ne se sont pas pochés eux-mêmes … Mais tu souris sur toute la largeur de ta face parce qu’ils étaient vraiment rigolos dans leurs films et que tu t’en souviens. Le pochoir étant barré de plusieurs MR FAHRENHEIT en lettres rouges, tu te demandes qui peut bien être ce type et tu poses quelques questions aux gars du shop de bombes Chrome and Black Ltd. tout proche et tu googles après pour en savoir plus … Et tu contactes l'artiste et tu poses tes questions parce que ceci est un blog avec des interviews dedans :

MR. FAHRENHEIT, would you please tell us about your background and trajectory ?

MR. FAHRENHEIT was born in the last century, growing up in a city with thrilling live and street art on the doorsteps. He was travelling since he could walk, visiting whole of Europe and later lots of other countries. Early on he faced lots of different cultures and met people in remote corners of the world. Starting painting was an expression of the funky MR. FAHRENHEIT soul. Walking trough the streets of European cities, he discovered stencil graffiti and got influenced, excited and floating around in ecstasy. Finishing his first stencil was the moment he was burning through the sky to hundred degrees and that is why he called himself MR. FAHRENHEIT and started cutting stencils at the speed of light.

MR. FAHRENHEIT, what are your current geographical and artistic areas ?

In terms of location, no matter where of course, but mostly in London. There, MR. FAHRENHEIT is pasting his artwork onto many walls. He has also some bearing to Berlin, Bristol and Hamburg and every time he visits these cities he leaves some artwork somewhere in the streets. But anyway, every town and place is good for some street art. His last escape to Dubai earlier this year left the city less naked and more colorful. Using stencils allows MR. FAHRENHEIT to create more unusual pictures and repeat a special painting in a different but yet similar way. Doing lots of his pieces on Financial Times newspaper allows him to play with more colors and different layers. He likes to surprise people walking in their town, seeing something they didn’t expect and conjure a smile into their faces. For example, his new campaign "Q R SO PORNO BABY !" shows QR codes in a different way than people know them. Trying to read the code with their mobile phones, they get the message "U R SO PORNO BABY !" … Because everybody is porno, well in different ways, but unique and individual. There will be more and more codes around in towns all across Europe and the world, later this year in Asia and of course with different quotes.


MR. FAHRENHEIT, would you please share with us your perspective about street art ?


Where is street art going to ? Honestly, he doesn’t know. But what MR. FAHRENHEIT sees is something that comes up with new expressions since forty years, creates different styles and gives artists the opportunity to contact their audience every day in a direct way. Street art is spreading its messages across town ! And he thinks neither the police nor laws can stop the movement of street art. It gives something to the people in town, people like it, some not, but they are confronted with it and they have to think about the messages, conscious or unconscious.

Thank you very much, MR. FAHRENHEIT !

Tu vois, lecteur, lecteuse, il a de chouettes choses à dire (à la troisième personne), MR. FARHENHEIT ! Et pour paraphraser ce que Laurel et Hardy avaient l’habitude de dire dans leurs films : “well, here is another nice mess you have gotten me into !”. Bye bye everybody.

Illustration : Pochoir de Laurel et Hardy par MR. FAHRENHEIT (appliqué sur une double page du Financial Times du 31 décembre 2011) photographié par Serge-Louis dans Redchurch Street le 10 mai 2011. Interview réalisé via e-mail et légèrement édité avant postage par Serge-Louis. Copyright de l’illustration et de l’interview par Serge-Louis pour Brigadier Plipp. Plus d’information sur MR. FAHRENHEIT à mrdotfahrenheit.worldpress.com ainsi que sur flickr, youtube et facebook !

vendredi 8 avril 2011

Gauff', café et pochoirs

De temps à autre, un illuminé nous déclare qu’il y a une vie ailleurs, dans l’extra-terrestre. De temps en temps itou, un allumé nous décrète qu’il y a des pochoirs ailleurs, dans l’extra-bruxellois. La première affirmation est à l’heure actuelle encore un petit peu floue ... Mais la seconde est déjà plus nette. Ainsi à Liège, ville effectivement non bruxelloise, se pochent des pochoirs sur les murs, les poteaux, les boîtiers et les blocs. Et si pochoirs, alors pochoiristes. Nous avons demandé à l’un d’entre ces pochoiristes liégeois, de nous parler. Ce qu’il fit par écrit. On est parti pour trois questions avec Kostar Kastor :






Plutôt travail de rue, d’atelier ou d’expo ?


Quand on aime un truc, je pense qu’il est normal d’explorer toutes les possibilités et surtout de ne rien laisser de côté. Je ne veux surtout pas me fixer de limite ! Le pochoir me permet de reproduire mes travaux sur presque tous les supports, tous ceux qui me font envie ... Que ce soit des toiles, du carton, du papier ou des coffrets électriques. Je n’ai pas envie de me priver d’un des plaisirs que mes pochoirs peuvent m’apporter. D’une part, peindre en rue, ça procure beaucoup de sensations ... Ca va très vite et le retour du public est direct, parfois agressif ! Ca me fait voir la ville différemment, comme un terrain de jeux ! En studio, on a plus de temps pour les détails. Je peux aller plus loin dans le nombre de couches ... J’ai tout le confort dont j’ai besoin, de la musique et du café bien chaud. Pour ce qui est des expos, c’est la préparation qui me plait ... Passer des mois à réfléchir et à découper des séries de projets. Essayer des couleurs, tester des pochoirs, observer l’ensemble quand tout est accroché ... Ce qui se passe après a beaucoup moins d’intérêt ! Dans toutes les formes d’art ou d’expression, c’est l’acte qui compte ... L’oeuvre finie n’est que la représentation du travail accompli, une sorte de témoin.


Envie d’aller pocher ailleurs ?


C’est une invitation (rires) ? C’est effectivement une chose à laquelle je pense beaucoup pour le moment. Avant, je ne prenais pas l’aspect « street » aussi sérieusement que maintenant. Je peignais près de chez moi et je me suis donc longtemps satisfait de Liège … Mais là, je commence à tourner en rond ! D’autant plus que la scène street art liégeoise a vraiment beaucoup de mal à émerger. A part quelques stickers et beaucoup de tags, on ne voit vraiment pas grand chose dans les rues. Donc je commence à planifier des sorties dans notre belle capitale (ndlr : Bruxelles, on suppose) et même quelques voyages hors de Belgique. Je n’attendais plus que le soleil ! Et puis, j’ai aussi envie de voir d’autres artistes bosser … J’espère donc qu’il y aura beaucoup d’évènements collectifs dans les alentours !


Démarche de rue mais site web commercial ?


Je ne suis pas un rebelle (rires) ! J’essaie juste de bien faire les choses, ce qui peut aider quand on veut être pris au sérieux, surtout de nos jours. A quoi bon avoir un message si on ne tente pas de le diffuser d’une manière ou d’une autre ? Mais en ce qui concerne mon shop en ligne, on ne peut pas vraiment parler d’une activité commerciale … C’est plus un moyen de rendre mon travail accessible au plus grand nombre et, si possible, à des prix abordables. Ce que je vends grâce au site ne me permet pas de rembourser tout ce que les fournitures me coûtent ! Je ne peins pas pour vivre, heureusement, mais ça fait toujours plaisir de faire une petite vente de temps en temps … Voilà, c’est dit ! Maintenant, je vais passer pour quelqu’un de vénal ! Bravo (rires) …


Vénal ? Oui ou non, peut-être, et pourquoi pas d’ailleurs … Les gaufres de Liège et le café liégeois se vendent bien, non ? Alors pourquoi pas les pochoirs de Kostar Kastor … Sa petite activité buzinezzzz (mais pas que) se trouve à www.kostarkastor.com d'ailleurs ... Pour ceux et celles qui désirent y faire un tour. Quant aux illustrations ici représentées, il s’agit de pochoirs peints par Kostar Kastor récemment aux alentours du C.H.U. de Liège au sommet du Sart-Tilman. Versions différentes d’un visage mélancolique pour nous rappeler sans doute qu’à Liège plus qu’ailleurs la cyclicité industrielle peut faucher la superbe d’une ville avec le cinglant d’un poignard … Pour nous rappeler qu’aucun art de rue ne peut ignorer ni fuir l’imprégnation radicale de son environnement urbain. Mais comme tout bon patient sortant de son hospitalisation, la ville et ses artistes savent que l'avenir sera, demain ou dans le futur, plus beau et chaleureux !


Copyright : Interview et photographies par Serge-Louis pour Brigadier Plipp.


lundi 28 mars 2011

Le crayon a bonne mine ...

Ils sont partout … Il faut vraiment le faire exprès pour ne pas les voir sur les murs et palissades de notre chère ville, capitale mondiale de l’Europe … Les crayons sont là et là et ici et là aussi. Ils sont en couleurs, droits ou couchés ou courbés … Parfois même décorés ou morphés. Mais s’il y a crayon, il doit y avoir crayonneur ! Alors … Qui est donc celui qui prend la bombe pour peindre la mine ? A l’heure où les autorités qui nous aiment et nous protègent repartent en croisade sanitaire contre les méchants graffeurs et taggeurs, l’Homme aux Crayons a accepté de répondre en exclusivité à nos questions entre muffin et café … C’était au Café de la Presse la semaine passée et pour vous, ici et maintenant, nous publions un petit bout de cette belle conversation :

Homme aux Crayons, à qui s’adresse ta démarche picturale ?

J’essaie de toucher ceux qui sont dans le milieu du graffiti. Tout les gens que je côtoie, les potes qui viennent avec moi en virée. Je comprends leur démarche, la démarche du graffiti, mais j’essaie de les motiver à changer … Ils font chaque fois les mêmes lettres et moi, je les encourage à y mettre un petit personnage, à changer l’expression. Comme eux, j’ai aussi un élément récurrent, le crayon, mais à chaque fois je fais quelque chose d’un peu différent. Je pars à chaque fois du crayon mais je le modifie, je m’amuse avec ça ! Donc, je cherche à les amener à se dire qu’eux aussi pourraient changer quelque chose tout en gardant un élément récurrent. J’aime aussi le fait que mon motif récurrent ne soit pas une lettre ou même quelque chose directement associé au graffiti. Maintenant, je n’ai pas vraiment de message directement adressé aux graffeurs, je ne leur dis pas « faites comme moi » !

Homme aux Crayons, que penses-tu des pochoirs ?

Je ne suis pas fort intéressé par les pochoirs … Ca ne me touche pas tant que ça parce que c’est trop simple ! Il y en a bien qui poussent la technique, qui essaient d’évoluer, c’est vrai, mais il y en a tellement qui ne la poussent pas … Ca m’énerve. J’ai envie de leur dire « allez, rajoutez des trucs ». Mais, bon, en même temps, pourquoi pas ? C’est mieux que rien. Ce côté simple, c’est aussi ce qui est marrant. Un pochoir, ca peut se mettre partout. C’est pas mal, finalement, mais c’est juste que je trouve qu’on pourrait aller un peu plus loin !

Café avalé, muffin englouti, il est temps de se tailler après cinquante minutes d’une fort intéressante entrevue dont d’autres passages seront d’ailleurs publiés ultérieurement … L’Homme aux Crayons n’est pas loquace mais son envie de faire bouger les choses dans le milieu du graffiti bruxellois est plus marquée qu’une esquisse vaguement crayonnée. Comme quoi une pointe en graphite peut faire la différence parmi les graphitis. Mais, par les temps policiers qui courent, attention aux cops … heu, aux copeaux !

Copyright : Interview et photographie par Serge-Louis pour Brigadier Plipp.

Et pour ceux et celles qui désirent voir plus d’œuvres de l’Homme aux Crayons, il y a un bloggeur bruxellois qui les répertorie sur www.philaretordre.blogspot.com !

dimanche 20 mars 2011

Malins Malais !

Il en est des expressions angliches qu’on aime bien et « double entendre » est l’une d’entre elles ... Prononcé « duhb-uh l ahn-tahn-druh » avec une patate chaude dans la bouche, le terme décrit un mot ou une phrase qui a une double signification, un double sens, souvent avec un peu d’ironie. Dommage que nos francophiles de service n’aient pas pensé à inventer l’équivalent visuel, soit « double voir » ... Nous en aurions eu bien besoin pour adhérer à ce pochoir d’inspiration western ! Deux flingues en symétrie orthogonale et un « La Loi ! » bref mais explicite, on aura pigé qu’on nous incite ici à réfléchir au respect de l’autorité (le sheriff, pan pan). Mais, bon, et le « double entendre » alors ? Patience ... Sachez d’abord que ce pochoir a été photographié sur un mur de Kuala Lumpur et qu’il représente - upside down - rien de moins que le symbole le plus visible et démonstratif de la démocratie locale, soit l’imposant immeuble du Parlement malais !

Ce bâtiment, illustré en version originale et polychrome ci-contre, a été inauguré en 1963 pour abriter les organes de la gouvernance du bon peuple malaisien ... Disposant d’un habille et avant-gardiste système de climatisation naturelle, dixit la brochure, le petit Dewan Negara et le grand Dewan Rakyat (invisitables sans autorisation préalable, faut pas rigoler avec la transparence de la démocratie, quand même) forment en effet, avec une drôlement pointue structure entre les deux, l’aimable contour d’un gun prêt à rendre justice. Canon, gâchette et crosse repris dans un rendu élégant et fidèle. Humour typiquement eastern, présumons-nous ... On ne sait d’ailleurs pas ce qu’est devenu le plaisantin architecte après ce gag de champion !? Alors, si « double voir » n’existe pas (encore), « voir double » a l’avantage, lui, de figurer dans notre dixionaire. On louche de tous nos yeux quand le pochoir est louche de tous ces signes. Hidup demokrasi !

Copyright : Texte et photographie du pochoir par Serge-Louis pour Brigadier Plipp. Photographie de l’immeuble ignominieusement piquée à un brave gars.

dimanche 30 janvier 2011

Et la lumière fut !

Le lightgraffeur Nuno Matox était de passage à Bruxelles la semaine passée à l’occasion du vernissage de l’exposition Artaq à la galerie Art22. Né en 1971 au Portugal et pas encore mort, l’artiste expérimente depuis plusieurs années avec les technologies visuelles modernes. Son objectif : trouver une manière de prolonger dans l'immatériel les signes picturaux qui l’ont tant impressionné lors de ses déambulations dans les ruelles du Bairro Alto de Lisbonne et du Barrio Gotico de Barcelone ... Si la propriété des murs et les altérations occasionnées par l’expression urbaine sur ceux-ci donnent lieu à d’éternelles (et vaines) discussions, l’air et la lumière sont et restent libres d’accès et d’usage. Nuno Matox revendique donc l’appropriation sans règle ni limite de ces non-matières pour nous façonner des gestes et des signes virtuels dont l’imprégnation sensorielle charme jusqu’à l’hypnotisme. Trois questions, vite fait, à Nuno Matox :

Comment es-tu arrivé au Lightgraffisme ?

Le graffiti est un terme général assez passe-partout ... Pour ma part, ce sont surtout ses techniques et ses effets que j'utilise comme le spray, les marqueurs et les coulures. L'art urbain, l'art de la rue, m'a beaucoup intrigué et inspiré. C'est à Toulouse, quand j'étais étudiant au début des années 90 que tout a commencé. C'est à cette époque aussi que les gens ont commencé à avoir un autre regard sur le graffiti. Le graffiti était très présent à l'époque dans le centre-ville. Pour moi, la bombe de peinture a surtout commencé à libérer le geste de peindre et la possibilité de travailler n'importe quelle surface ... Par extension, le lightpainting a - quant à lui - complètement libéré ce geste, lui permettant de s'inscrire vraiment partout, même dans l'espace tri-dimensionnel !
Et comme lorsque l'on utilise une bombe de peinture pour la première fois, le lighpainting est lui aussi une expérience très spectaculaire, voire grisante !

Comment se prépare une performance de Lightgraff ?

Ca peut être vraiment très simple ... Ou vraiment très compliqué ! Cela va en effet de l’improvisation faite avec juste une opportunité, quelques LEDs et un petit boîtier, jusqu'à une véritable mise en scène et un montage technique élaboré. Et lorsque c'est de la video live, c'est généralement encore plus compliqué, surtout du point de vue du matériel ... Après, ça dépend aussi des projets, qui peuvent aller du simple délire d’artiste à la campagne de publicité d'envergure. En pratique, je trouve que la performance live est beaucoup plus tributaire de la technique requise et du matériel disponible.

Que penses-tu de Bruxelles et de son art urbain ?

J'étais déjà venu plusieurs fois à Bruxelles auparavant. Cette fois-ci, j’espérais pouvoir y organiser des "micro-projections" dans le centre-ville mais mon emploi du temps ne me l'a pas permis. J'espère revenir, bien sûr, car Bruxelles est le centre de l'Europe, une ville ouverte et moderne. Les jeux qu’y font la lumière dans les rues et sur les grandes tours sont très présents. Pour le street art, par contre, je n'ai pas vu grand chose car je suis resté confiné dans le centre pendant ce court séjour et, malheureusement, tous les centres des grandes villes sont devenus hyper-cleans et hyper-vidéosurveillés ! Il ne reste donc que la pollution publicitaire parfois « limite », mais imposée et légale, à regarder.

Pour Nuno Matox, les artistes urbains doivent donc être en permanence à la recherche de nouveaux moyens d’expression et s’adapter aux changements de conditions et de circonstances de la pratique de leur art. Comme le conclut le Lightgraffiste : « Les panneaux de LEDs sont les prochains terrains de jeux de tous les graphistes et artistes ! ». Face aux joyeuses obsessions hygiénistes de nos adorables édiles, la créativité et l’inventivité des artistes urbains sont donc sollicitées tant pour le sujet que pour l’objet ... Nous remercions Nuno Matox pour sa contribution « lumineuse » à ce combat et nous souhaitons son retour très bientôt dans les rues de la Capitale mondiale de l’Europe afin de l'y voir enfin performer ses « micro-projections ».

Pour en savoir plus sur l’artiste : www.matox .fr et contact@matox.fr

Copyright : Illustration par Nuno Matox et interview par Serge-Louis pour Brigadier PLIPP.

samedi 6 novembre 2010

Poch-up queen !

Des filles pochoiristes, il n’y en a pas vraiment des hyper-masses ... Bien sûr, on pense à Aiko du collectif Faile, on pense à Hope, Supa ou encore - avec un peu d’effort - à Misako et Piane ... Mais, quand même, la liste est fort courte. A Bruxelles, capitale mondiale de l’Europe, nous avons UNE pochoiriste ... Et j’aime autant vous dire que celle-là, nous l’adorons, nous l’admirons, nous l’adulons, nous la chérissons, nous l’idolâtrons ! Elle signe ses pochoirs d’un mystérieux VGT et ses interventions pochoiresques sur nos murs sont rares et précieuses ... Ses créations sont généralement élaborées et remarquables. Et même quand elles sont (apparemment) simples d’exécution, il y a toujours un petit quelque chose en plus qui nous charme, qui nous attrape-coeure, qui nous harponne, qui nous, yes, interpelle ... Nous avons profité de la participation de VGT à un récent festival bruxellois pour lui poser quelques questions :

Qu’est-ce qui t’attire vers le pochoir multi-couches et de grande taille ?

J’aime bien la complexité technique qu’implique un multi-couches. C’est un peu un défi ... J’aime bien que ça soit un peu plus élaboré techniquement mais sans que l’on voit mes pochoirs uniquement pour leur technicité. Ceci dit, ce format me permet avant tout de pouvoir utiliser des couleurs. Un mono-couche rend souvent mieux en noir qu’en couleur et le multi-couches me semble être la meilleure solution pour un rendu coloré. J’adore les pochoirs noirs parce que je trouve qu’ils sont percutants mais j’aime aussi utiliser les gris et les couleurs ! Quant au format, grand ou petit, je trouve que la difficulté reste finalement la même ... Il faut s’arranger pour que les couches se coordonnent bien entre elles. Je suis habituée à travailler avec des repères et je n'utilise qu'une seule image de base pour découper - celle-ci étant consolidée par une ou deux couches de ruban adhésif - pour éviter les écarts lors de l'assemblage des feuilles.

Pourquoi ton intérêt pour Bettie Page, à laquelle tu ressembles d'ailleurs de plus en plus ?

Merci pour le compliment ! C’est vrai que les représentations de Bettie Page m’attirent particulièrement. Le noir et blanc des photographies originales, la simplicité des représentations, l’image qu’elle renvoie ... Quand on voit une image d’elle, on ne pense pas qu’à la jolie fille ... On pense aussi à ce qu’il y a derrière ! Par contre, je ne connais pas grand-chose de sa vraie personnalité. C’est donc principalement un coup de foudre visuel. J’ai fait beaucoup de tests de pochoirs représentant Bettie Page mais peu d’entre eux sont concluants. J’ai trois ou quatre pochoirs de Bettie Page dont je suis contente mais je pense qu’il y en aura pas tellement plus dans l’avenir. En fait, dans l’ensemble de mon travail, j’ai plus de facilité à découper des animaux que des personnes !

Ton évolution pochoiriste est-elle plutôt en rue, en atelier ou en galerie ?

Je pense pouvoir dire qu’actuellement, j’ai pratiquement abandonné l’activité en rue ! Je ne fais des pochoirs quasiment plus que pour mon propre plaisir ou pour celui de mes proches. C’est toujours un plaisir pour moi de faire ça, des pochoirs pour des gens qui me le demande. Par contre, le travail en galerie, non ... Tant que je vis autrement, je n’en ai aucun besoin. En fait, moralement, je préfère ne rien gagner avec mes pochoirs ... Et si j’étais un jour tentée d’y gagner quelque chose, j’essaierais plutôt de faire des échanges, d’échanger une toile contre une autre ... Oui, le troc, c’est une possibilité que j’aimerais vraiment approfondir. L’aspect galerie m’intéresse juste dans l’exposition de l’oeuvre. L’aspect financier, je trouve ça un peu malsain mais je comprends que d’autres pochoiristes profitent de l’opportunité.

Merci VGT pour ces franches réponses ! Et pour ceux et celles qui n’étaient pas vivant(e)s au siècle dernier, nous rappellerons que Bettie Page (1923 – 2008) a été la plus cultissime pin-up de la scène underground américaine tendance fétichiste et sado-masochiste dans les années cinquantes ... Surnommée Dark Angel ou Pin-up Queen et inspiratrice de nombreux caractères bande-dessinéens et cinématographiques jusqu’à nos jours récents, elle déclarait dans une interview accordée en 1998 « ne pas vouloir être photographiée vieille et préférer rester dans les mémoires comme elle avait été ». Grâce aux pochoirs de VGT, c’est une Bettie Page pour toujours figée dans sa troublante splendeur et dans « ce qu’il y a derrière » qui orne ainsi nos murs parfois publics parfois privés. Il fallait bien une jeune femme modèle pour immortaliser une jeune femme modèle ... Et c’est à Bruxelles que cela se passe. Heureux et comblés nous !

Copyright : Interview et photographie de VGT (sprayant un de ses pochoirs multi-couches de Bettie Page) par Serge-Louis pour Brigadier PLIPP.

lundi 18 octobre 2010

Tiens ... Tian Vient !

A force de passer tous les jours devant, ces atomiums, manneken pis et autres fins joyaux de l’urbanisme bruxellois, on finit par ne plus les voir ... On piétine les trottoirs, on frôle les murs sans plus énoncer l’art qui s’y expose ... On s’en blase, on s’en coriace, on s’en fout. C’est parfois bien, alors, qu’un étranger venu d’ailleurs nous remette le bon pied et le bon oeil. Qu’il vienne au moins nous rappeler la beauté éphémère et glorieuse de nos graffitis ... Sublime cadeau que l’errant ait à nous offrir, celui qui dès lors réclame notre meilleur accueil. Ainsi, quand l’artiste français Tian est de passage (pour nous coller ses affiches de bonne réputation), son avis compte, son opinion accapare, sa position interpelle. Alors, on lui demande :

Tian, que penses-tu de l’art urbain à Bruxelles ?

Bruxelles, c’est une ville que je ne connaissais pas très bien ... J’ai l’impression que c’est une ville qui a un potentiel énorme et qui commence seulement à en prendre vraiment conscience ! Les gens se réveillent ... Oui, il se passe des trucs ... Tu te promènes et là, au coin d’une rue, tu te prends un Roa , tu te prends un Bonom ... Des pièces massives ... Il y a de l’espace pour que cela se passe, il y a de la place pour faire de grandes choses ... Visiblement, il y a beaucoup d’artistes qui viennent se perfectionner à Bruxelles, beaucoup qui tombent amoureux de la ville et décident d’y rester. Ils apportent leur énergie, leur savoir-faire ... Bon, bien sûr, il y a aussi une forte composante autochtone, bruxelloise, mais du coup, ça se mélange, ça se rencontre, c’est ce qui fait toujours avancer les choses. Alors ça ouvre des champs, forcément ... Ca part un peu dans tous les sens et, oui bien sûr, dans cette euphorie-là, il y a aussi un tri à faire !

Quelle place prend la technique du pochoir dans ton travail ?

Ma technique de base, en fait, c’est la sérigraphie ... Mais lors d’un voyage à Londres en 2008, en assistant un peu par hasard à un festival d’art urbain, j’ai vraiment pris une claque quand j’ai vu le niveau graphique auquel on pouvait arriver avec le pochoir ! Jusque là, pour moi, le pochoir, c’était du basique ... Une couleur, deux couleurs, voilà, un mode d’expression très direct, très efficace mais qui ne s’adaptait pas forcément au niveau de sophistication que je voulais atteindre .. Mais, bon, je me suis aperçu que c’était vraiment une fausse idée, que le pochoir pouvait aller beaucoup plus loin dans le nombre de couleurs ... Surtout pour un travail de taille et qu’on a le temps de le faire, comme en atelier. Donc le pochoir est une technique qui s’est ajoutée à mon travail, en fait ... J’ai des pièces où certaines couleurs sont sérigraphiées et d’autres couleurs qui sont faites au pochoir, selon la difficulté des motifs, en fonction des résultats voulus ... Donc, je passe de la sérigraphie au pochoir assez facilement.

Une conclusion sur Bruxelles ?

Pour moi, un artiste sud-américain qui serait désireux de s’établir en Europe, il est plus aisé de venir à Bruxelles qu’à Berlin ou Barcelone ! Il y a plus d’espace ici, son travail aura plus de visibilité parce qu’il ne sera pas noyé dans la masse ... Parce que même s’il y a déjà pas mal d’artistes bruxellois, il y a plein d’opportunités à Bruxelles !

Ho ho ... Quel compliment, Tian, merci ... La capitale mondiale de l’Europe avant Berlin et Barcelone !? Bruxelles plus propice à l’épanouissement créatif des artistes urbains que Paris ou Londres !? Nous, on aime ça ... Et nos édiles aussi, très certainement ! Pour Tian, qui ajoute dans l’enjambée que « peut-être qu’un jour, il y aura un circuit touristique du street art dans Bruxelles », il ne fait pas de doute que l’abondance de chancres et de friches, de grands bâtiments délabrés, de palissades infinies, de fenêtres et portes condamnées ... Que cette abondance, donc, entretenue avec tant d’amour par nos autorités publiques et privées, crée l’espace d’expression idéal pour les artistes urbains ! On s’en réjouit. On ne s’en fout plus. On ne s’en coriace plus. On ne s’en blaZe plus.

Pour découvrir le travail de Tian : www.tian.fr ainsi que son exposition au Plastic.

Copyright : Affiche de Tian collée rue des Ursulines. Photographie et interview par Serge-Louis pour Brigadier PLIPP.