dimanche 14 juin 2009

La bombe bombe ...

Amis du pochoââr, bonsoââr ! Dans la grande série « les pochoirs nous rendent plus beaux et, surtout, plus intelligents », nous allons, ce soââr, nous entretenir didactiquement de la bombe. La bombe aérosol, cela s’entend. En effet, même si quelques pochoirs bruxellois, fort rares il faut bien le dire, sont peints au pinceau, à la brosse ou au rouleau (on en reparlera peut-être un jour), ce sympathique schtroumpf poché sur un boîtier technique de la chaussée de Waterloo nous rappelle que l’outil de prédilection du pochoiriste, c’est la bombe aérosol. Mur, gabarit et bombe, la sainte trinité du pochoir … comme dixit le pochoiriste bruxellois réputé et estimé vgt. Pas étonnant, dès lors, que la bombe aérosol se retrouve elle-même fréquemment représentée sur des pochoirs … Mais, comme pour tant d’autres équipements dont nous faisons l’usage quotidiennement (un iPod, une chasse d’eau, un micro-ondes), savez-vous comment fonctionne une bombe aérosol ? Evidement non … Alors, voilà, on va vous aider à pallier cette grave déficience. C’est pour votre bien. Dans une bombe aérosol, il y a deux liquides. L’un est le produit à projeter (déodorant, insecticide, peinture, crème fraîche) et l’autre est un liquide-gaz propulseur enfermé sous haute pression et qui ne demande qu’à s’échapper. La bille que vous entendez faire biling-biling-biling quand vous secouez votre instrument (mmmhh …) avant de pocher assure que les deux composants sont bien mélangés. En appuyant sur le cap de la bombe aérosol, vous offrez au liquide-gaz l’occasion de s’échapper par une minuscule ouverture, emportant avec lui de la peinture qui est ensuite atomisée en un fin « spray » par le dispositif (nozzle) de la tête du cap.
Un bel exemple de bombe aérosol pochée est illustré ci-contre. Il a été trouvé à l’envers d’un panneau dans un endroit complètement improbable – là où nous ne nous serions jamais rendus si les hasards de la vie (ou plutôt, dans ce cas-ci, l’adresse d’un garagiste) ne nous y avaient conduit(s ?) - soit au tout début de la chaussée de Saint-Job, dans les ultimes confins de la commune d’Uccle. Le plus étonnant, tout bien pensé, est que pratiquement tout l’art urbain comme nous le connaissons (et l’apprécions), non seulement les pochoirs mais aussi les graffitis et bien d’autres formes d’interventions artistiques, n’aurait été possible sans l’ingéniosité d’un norvégien du nom d’Eric Rotheim. C’est en effet lui qui inventa la bombe aérosol en 1931 (année de dépôt du brevet). La Norvège ? Yep, la mère patrie d’un des pochoiristes les plus connus de notre époque : Dolk Lundgren, aka Dolk. D’humeur jouette ce soââr, nous terminerons notre rubrique pédagogique avec une question joliment intriguante : pourquoi le fond de la bombe aérosol est-il bombé ? Le premier lecteur ou la première lectrice qui nous soumettra les (attention, les ! pluriel …) bonnes réponses aura droit à quelque chose.

samedi 6 juin 2009

Le filosofe des graphittis

Le philosophe est l’exprimeur d’une pensée supérieure et profonde. Muni de l’outil de la raison vraie et du mode d’emploi de la distance intellectuelle, il monte donc en bas, chose que nous, simples mortels, n’avons jamais réussi à faire. Et quand le philosophe s’énonce, l’attente est grande, l’espoir est proportionnel et le temps est suspendu. Plus un bruit d’argenterie ou de machouillage dans la salle à manger. Jean C. Baudet, né en 1944 et pas encore mort, est un tel savant-penseur. Spécialiste de l’analyse des discours scientifiques, poétiques, religieux et idéologiques (ben mon vieux …), il aime nous faire partager sa passion du savoir. Alors, quand il écrit un billet dans le quotidien financier et économique L’Echo (pas de panique, les kids, c’est une feuille de chou pour les adultes … Vous pouvez rester collés à vos Tsugi, Standard et autres Pif Gadget), moi, je lis attentivement. Le week-end passé (celui de son anniversaire, d’ailleurs), il nous allait d’une petite réflexion ironique et spirituelle sur ce que notre société interdit (alors qu’elle - selon lui - devrait l’autoriser) et autorise (alors qu’elle devrait - selon lui - l’interdire). Extrait de l’œuvre articulaire : « La post-modernité a ouvert toutes grandes les autoroutes de la nouvelle jouissance, et nous pouvons, c’est même très tendance, (…) salir des façades entières par des slogans et des dessins, appeler cela de l’art urbain ». Bon bon, me dis-je … Pour une fois qu’une lumière éclairée se prononce sur les « graffitis », c’est plutôt mal barré. Contacté par e-mail (j’oublie toujours si couriel prend deux ou trois R), notre ami confirme sous le titre vraiment très fin « Tac aux tags » : « Je n'ignore pas que les tags sont interdits (…) mais le fait est qu'ils me paraissent n'être guère punis, puisque je les vois "fleurir" de plus en plus, à Bruxelles et ailleurs. Ce qui en outre me donne à penser, c'est que j'entends certains discours où l'on voudrait nous faire croire qu'il s'agit d'une manifestation artistique qu'il conviendrait de protéger, voire même d'encourager. La société doit trouver les moyens de lutter contre cette altération systématique du patrimoine public ou privé ». Je vous passe sa suggestion un fifrelin too much d’étudier la psychopathologie du tagueur (ouaip, pas moins ! Appel aux candidats thésards en profilage criminologique). On attendait un avis inspiré et original, une clairvoyance chère et chérie (parce que rare et précieuse), une interprétation aérée et libératrice - qui sent bon le frais, au-dessus de la mêlée viciée - et on se retrouve face aux amalgames simplistiques, plats, bornés et répressifs à vous donner envie d’en chiâler. Parce que, voyez-vous, les adultes qui lisent L’Echo sont des parents, des politiciens, des professeurs, des décideurs déjà peu naturellement portés sur la gaudriole (le balai dans le cul étant un trait génétique de la bourgeoisie et de l'élite) … L’émotion artistique et esthétique urbaine n’est pas vraiment spontanée chez eux. Alors si même le philosophe de service leur dit que tous ces trucs de d’jeunzs, c’est pas bien, ben, purée, on n’est pas sorti de l’auberge. Mais bon, notre ami Jean C. n’est certainement pas un mauvais bougre, ceci dit. Alors, comme cadeau pour son anniversaire, je vous propose de lui offrir son portrait au pochoir (oui, L’Echo est imprimé sur du papier couleur saumon (parce que sur du papier couleur caviar, les textes seraient illisibles ! (mmmh, vaudrait peut-être mieux ?))). Il a bien une tête de filosofe ! Concluons en espérant que son prochain article aura comme titre : « du tact aux tags » … On en rit déjà. Ou faut-il plutôt préparer la boîte de mouchoirs ?

lundi 1 juin 2009

Madeleines et pochoirs, même combat !

On trimballe tous et toutes des vieux trucs, des images et des sons, dans sa tête. Et parfois dans son cœur, aussi. Il ne faut souvent pas grand’chose pour les faire remonter à la surface de nos sens. Juste un signal, juste une vision, une simple coïncidence. Les pochoirs, par leur pouvoir imageant très direct, sont de redoutables déclencheurs d’associations d’idées et de mémoires. Comme si leur objet premier était d’être, au-delà des signifiants révolutionnaires à usage sociétal, des interpellants singuliers qui nous touchent en chaque individu unique et séparé. Alors, voici l’histoire vraie d’une telle association, celle qu’un pochoir bruxellois a récemment élicité en mon je/moi, comme s’il était la reliure d’un livre ouvert aux pages du passé et du présent. Le pochoir, vous le trouverez en plusieurs copies rue Jacques de Lalaing. Il représente le portrait d’une « free girl » un peu … barbouillée. Le pochoir apparaît dans la vidéo de « Heartcore » de Shameboy (2008, Jimmy Dewit et Luuk Cox, directeur Joris Rabijns, hyperlien : www.youtube.com/watch?v=lb5i2Q4eH9Y). Le synopsis se déroule comme ceci : une fille tombe d’un toit, se ramasse dans une poubelle, titube dans la rue toute échevelée et désarticulée, se fait choper par les flics, est placée dans un asile puis finit disséquée par deux toubibs au scalpel plus qu’approximatif et donc meurt. Voilà pour la page du présent. Au passé, rewind, on a la vidéo de « Be There » de Unkle (1999, James Lavelle et DJ Shadow, directeur Jack Scott, hyperlien : www.roxwel.com/player/unklebethere après la pub). Le synopsis se déroule comme cela : une fille monte dans une rame de métro londonien, écoute son walkman - K7 qui déconne, rate son arrêt, se rassoit échevelée et résignée, s’assoupit puis reçoit la visite bienveillante du grand faucheur en personne et donc meurt. Deux filles très belles et sauvages, très « out » et très « lost », deux séquences de vies précocement et injustement condamnées, deux conclusions létales que l’on devine dès le début (le fameux « tingle factor » des englishes).
Comme dans les paroles superposées par Ian Brown (parce que le titre de Unkle est, à l’origine, un instrumental nommé « Unreal » paru sur l'album Psyence Fiction une année plus tôt … Mais, hum, je vous bassine avec ces détails) : « I don’t see you falling. Corrupt, a plea for free will. An irresponsible horror show ». Purée, ça fait dix ans que le visage de cette donzelle (ci-contre sur un still honteusement piqué à MTV) était tapi dans mes neurones. Le regret de ne pas avoir été dans le tube (!) cette nuit-là pour la sauver me rattrape. C’est souvent un peu malencontreux, ces souvenirs. P'tit vertige amertumeux. Mmmmh, il est temps de refermer le livre et de passer à autre chose. Une madeleine, quelqu’un ?

samedi 23 mai 2009

A vue et vol d'oiseau

Vous voyez l’espèce de rosace centrée sur l’œil de l’oiseau poché par le collectif Peripheral Media Projects sur cette palissade de la rue Saint-Ghislain ? Mais si, regardez bien … On dirait un enjoliveur de bagnole ou le motif d’un vitrail circulaire. Allleeeez, vous l’avez sur le bout de la langue … C’est …. Hé ben oui, mais c’est bien sûr … C’est un panopticon ! Oncle Wiki vous en rappelle la définition, au cas douteux et malheureux où vous l’auriez oubliée : le panopticon est un modèle architectural de prison conçu en 1785 par le philosophe anglais Jeremy Bentham (comme quoi, la philosophie mène à tout). Le principe du panopticon est simple : permettre au moins possible de « uns » de surveiller le plus possible de « tous les autres ». Copain Jeremy a en fait piqué l’idée à son frère Samuel qui a établi les plans d’une école militaire à Paris selon le même schéma. Dans un entretien exclusif réalisé tout récemment dans leur atelier de Brooklyn (NYC, USA) pour ce blog, un des membres du collectif PMP, nous parle de l’œil poché (!) : « The observed is always under the impression of being observed but doesn’t see the observer … The system enables you to watch more than thousand prisoners at once but they don’t even know if you are in your post ! It’s all about how to create a maximally efficient prison and guard system, how to optimize the system ». Parce que le « système » auquel notre pochoiriste fait allusion n’est évidemment pas restreint au monde scolaire (élèves / pion) ou pénitentiaire (plus besoin de faire un dessin). On le retrouve aussi dans certaines réflexions de dispositions hospitalières (patients / soignant), dans des plans de construction d’usines (ouvriers / contre-maître) et, ultimement, dans l’ensemble de notre environnement sociétal. Il revient au philosophe (décidément !) français Michel Foucault (1926 - 1984) d’avoir été le premier à analyser - dans son célèbre livre « Surveiller et Punir » publié en 1975 - cette fâcheuse tendance panoptique de notre société moderne obsédée jusqu’à la moëlle par la surveillance et la normalisation. Ecoutes téléphoniques, caméras en circuit fermé et autres monitorages internautiques n’ont fait qu’amplifier la pertinence de la métaphore panopticiste au cours des dernières années. D'ailleurs, même cette palissade en planches de bois a des yeux (qui ne sont pas de PMP) qui nous regardent ... Bref, nous sommes tous des prisonniers !
Le collectif PMP enfonce d’ailleurs le clou avec un second pochoir, beaucoup plus direct et peint rue du Miroir : « For all prisoners, … Everywhere ». Mais dans une pirouette intellectuelle que seuls les artistes de grand talent sont capables d’exécuter, le collectif nous précise lors de notre rencontre que, à la prison (du corps), il est toujours possible d’opposer la liberté (d’esprit) : « Our stencils are strong enough as stand-alone that other people who may not know it's a pantopticon can see other contents and be happy with it … They are not missing-out on anything, it’s not to their disadvantage … The idea is to get people to think but not what they should think. Telling people what to think is not respectful ! ». Alors, ami lecteur, amie lectrice, vois et imagines ce que tu veux, envoles - toi libre comme l’oiseau.

vendredi 22 mai 2009

Les forces de l'ordre NYaises sont-elles taupées ?

Rapide passage par la Grosse Pomme le week-end passé. Quelques heures dérobées à un voyage sérieux pour traînailler dans les rues du Meat District - Chelsea et y conclure que, de nos jours, la vaste majorité des oeuvres murales de Manhattan sont collées et non peintes ou pochées. Grandes vedettes du moment : les gigantesques paste-ups de Mr. Brainwash, les dessins multi-colorés de Tian et les heureux détournements de BilliKid. Dans le registre stencilé pur et dur, on trouve bien quelques trucs sympas ça et là mais, au comptage final, le plus fréquent pochoir direct est … la version locale de notre « interdit d'afficher ». On peut se poser la question de savoir si son auteur - applicateur n’est pas un pochoiriste qui s’est fait pincer par les flics et preste ainsi quelques heures de travaux d’utilité publique au comble ironique de son art. L’exemple illustré ici a été photographié sur le coin de la 10ième avenue et de la 31ième rue sur une palissade en bois balisant un immense chantier de construction. Multiplié ad nauseam sur toute la longueur d’un bloc, l’avertissement invite - à contre-effet évident - l’attention sur une surface au départ résolument uniforme et anodine. Encore plus intriguant est le fait que, à chaque répétition, la même dernière lettre flanche lamentablement … minant ainsi au dernier instant typographique l'impeccable et implacable autorité du message policier. Très fin, l’infiltré !

jeudi 14 mai 2009

A vos plumes !

Le contenu de cette rubrique étant jugé parfois un peu … mmmh … über-cérébral, nous avons décidé de faire, cette fois-ci, dans l’éducatif utile. Carrément. C’est pour votre bien. L’occasion nous en est en effet donnée par cette magnifique planche didactique (ci-contre) œuvrée par le pochoiriste animalier Spencer et exposée rue du Miroir. Référencés côte à côte, comme le seraient les Dupont et Dupond, nous voyons une chouette et un hibou. Deux rapaces de la famille des strigiformes pour lesquels la langue française est une des seules à s’encombrer de deux termes distincts. La chouette n’étant pas (c’est dit une bonne fois pour toute) la femelle du hibou et le hibou n’étant pas (c’est également dit une bonne fois pour toute) le mâle de la chouette, quelles sont donc les différences entre les deux bestioles rapacées ? L’évidence, d’abord : comme on peut le voir sur le chromo mural, le hibou a la face ébouriffée de deux touffes de plumes au-dessus des yeux (les aigrettes) alors que la chouette n’en présente pas (même toute barbouillée au saut du lit) ... Ensuite, si vous collez votre oreille contre - oui, tout contre - le pochoir, vous entendrez que la chouette chuinte alors que le hibou hulule. Enfin, la chouette, comme certains pochoiristes, est active le jour (un peu) et la nuit (beaucoup) alors que le hibou, comme d’autres pochoiristes, est exclusivement nocturne. Et pour être vraiment complet, il faut ajouter qu’il arrive à certaines chouettes, quand elles ont la dalle, de se boulotter quelques (petits) hiboux mais pas l’inverse. Dans la vie, les cousins – cousines affrontent les mêmes problèmes liés à l’utilisation abusive de rodenticides et à la destruction de leur habitat. Bonne nouvelle, cependant, à ce sujet-là : les initiatives se multiplient de par notre beau monde pour fournir à nos drôles d’oiseaux des nichoirs artificiels pourvus de tout le confort moderne … Voilà une belle et généreuse idée qui ne peut que nous réjouir … Pouvons-nous dès lors inviter les promoteurs de ces appartements à s’adjoindre les talents de quelques pochoiristes (sensibles à la cause animale) pour en égayer la décoration ? Nous planchons déjà sur le sujet. En attendant, amis lecteurs, amies lectrices, juste pour voir si vous avez été foutus de retenir quelque chose de cette fiche pédagogique … La chouette de Spencer, est-elle à droite ou à gauche du pochoir ? Et le hibou, est-il à gauche ou à droite du pochoir ? Question subsidiaire : combien de réponses correctes allons-nous recevoir ? Sur ce, bonne nuit à tous (les hiboux) et toutes (les chouettes).

mercredi 6 mai 2009

Don't walk ... Run !

Bon, OK, il n’est pas vraiment illégal, celui-là. Mais il me fait bien marrer chaque fois que je roule dessus ! Pochés à la résine sur le macadam de l’avenue Franklin Roosevelt, le gamin en culottes courtes et sa soeurette à couettes nous signalent le danger d’un passage d’enfants … Pile devant l’entrée principale du campus de l’université libre de Bruxelles. Les traversants post-adolescents apprécieront à sa juste valeur, en fonction de leurs pustules acnéeuses et de leurs budgets vestimentaires, le décalage imposé du panneau A23 ! Tant d’effort pour être rabaissé au statut de môme réglementaire par l’implacable et réductrice codification du code (!) de la route … c’est dur, certes, mais voilà, c’est pour leur bien. La priorité ici est d’inciter les automobilistes à redoubler de prudence face au danger de voir un(e) bizuté(e) ou un bituré(e) surgir de dieu-sait-zou et venir s’aplatir sur leur capot. A bonne raison, d’ailleurs … puisqu’en 2006, un solide 750 piétons se sont faits écrabouillés (dont 11 décédés) en région bruxelloise, la majorité d‘entre eux étant des d’jeunz (33% des graves et des morts avaient moins de 25 ans). Mais pour les zélés chroniqueurs sociétologiques que nous sommes, plus fâcheux encore est la réalisation supplémentaire - second décalage - que le cadre fermé du triangle a pour effet de restreindre sévèrement la latitude de mouvement (l’aisance de gesticulation) de nos (grands) enfants, vivants ou morts. Université libre peut-être mais liberté de se déplacer … un peu nettement moins (dans les lignes, dans les clous). En ceci, la signalétique routière est bien le reflet, le témoin, le rappel de la carceralité urbaine. Tu bouges quand, comment et où on te le dit.
Nous en viendrions presque à jalouser la liberté des cervidés qui, comme dans cette oeuvre du célèbre pochoiriste Spencer (ici auto-photographié par l’artiste à Barcelone) peuvent jumper hors de leur panneau (c’est un matricule A27 pour le gros gibier) pour aller gambader et brouter là où ils veulent. Une liberté qui a peut-être un prix, d’ailleurs … Ainsi, si les étudiants manquent parfois de plomb dans la cervelle (en saison de guindaille), les biches, les cerfs et leurs amis les sangliers, eux, en ont tout aussi parfois trop dans le cul (en saison de chasse). Mais la question est et reste : qui sortira nos bambins (bambins, pas bambis) de leur triangle plat, polymérique et rouge ? S’il était pochoiriste, nous appellerions le détourneur pictogrammique Jérôme Considérant à l’aide. Mais il n’est pas pochoiriste. Alors, qui d’autre ?